En bref
**Qualité et importance** : Situé à 500 m d'altitude dans la région du Bas Dauphiné appelée « Terres Froides » entre Voiron et la Tour-du-Pin (en Isère), le site de la tourbière du Grand Lemps est connu de longue date dans la communauté scientifique et naturaliste par la richesse biologique de ses milieux.
Ce complexe lacustre occupe le fond d'une dépression d'origine glaciaire d'axe sensiblement nord-sud. La plus grande partie de ce marais est couverte par une végétation de type tourbière, qui est dominée par la cladiaie et la phragmitaie. La présence de plans d'eau libre, de roselières importantes, de radeaux flottants… a permis le développement et le maintien d'une flore et d'une faune (notamment d'amphibiens et de libellules) exceptionnelles.
La qualité des eaux, l'originalité de la faune et de la flore, l'intérêt paléo-historique que constitue le dépôt de tourbe confèrent à la tourbière du Grand Lemps un intérêt patrimonial de niveau national concrétisé par son classement en réserve naturelle nationale en décembre 1993 sur plus de 50 hectares et l'instauration d'un périmètre de protection préfectoral en périphérie de cette réserve d’une surface équivalente.
Le site abrite 12 habitats d'intérêt communautaire dont 5 prioritaires (6210, 7110, 7210, 91D0 et 91E0), ainsi que 12 espèces d'intérêt communautaire.
Sur la Tourbière du Grand Lemps, ont été notées un grand nombre d’espèces patrimoniales, notamment celles inféodées aux milieux tourbeux et aquatiques.
La plus importante station de Rhône-Alpes de Liparis de Loesel (orchidée d’intérêt communautaire) s’y développe dans son habitat typique des bas-marais de plaine, la cladiaie.
Les amphibiens, également espèces emblématiques du site, bénéficient des aménagements adaptés à la survie des populations (passage à petite faune pour permettre les migrations saisonnières).
La Cistude d’Europe n’a plus été observée sur le site depuis 2004 ; le nouveau document d'objectifs (qui est en cours d’actualisation et devrait être validé fin 2014) prévoit la réalisation d’une étude de faisabilité pour la réintroduction de cette tortue terrestre d’intérêt communautaire et patrimoniale.
Parmi les plantes d’intérêt patrimonial présentes sur le site figurent 11 espèces de Sphaignes (Sphagnum), espèces de l’annexe V de la directive Habitats, qui sont également protégées au niveau départemental. Le Lycopode des tourbières ou Lycopode inondé (Lycopodiella inundata) n’a pas été revu depuis 1984.
Sur les 169 espèces de champignons inventoriées sur le site, 70 sont des espèces dites « patrimoniales », dont une douzaine à enjeu national.
Le bassin versant est proposé dans sa globalité (soit environ 800 ha) afin de pouvoir mieux préserver la tourbière elle-même et ses habitats d'intérêt communautaire, ainsi que les habitats d'espèces et les corridors biologiques, surtout aquatiques, sur l'ensemble du site. La forêt, qui a un rôle très positif dans le maintien de la qualité de l'eau, contribue activement à l'objectif de conservation/préservation de la tourbière.
Une étude hydrogéologique permettra d’identifier précisément le parcours des sources sous-lacustres, qui représentent plus de 9/10ème des approvisionnements en eau de la tourbière. Une modification du périmètre Natura 2000 pourrait ensuite être envisagée, afin de gérer l’ensemble de la zone d’influence hydrologique.
**Caractéristiques** : D'origine glaciaire, la dépression du lac du Grand Lemps s'est comblée progressivement d'argile et de tourbe, élaborant au cours des 15 000 dernières années une tourbière très originale. Le cœur du site est constitué de la tourbière et ses habitats aquatiques. Le reste du bassin versant est caractérisé par une occupation essentiellement agricole du sol avec un réseau de haies dense au Nord du territoire. Deux massifs forestiers importants, à versants pentus, bordent la tourbière au Sud et Sud-ouest ; les autres boisements sont de plus petites surfaces et sont disséminés sur l’ensemble du site. Les zones urbanisées sont concentrées sur la commune de Châbons à l’Est du site. Le linéaire routier fragmente le paysage, notamment l’autoroute qui traverse le territoire du Nord au Sud et la voie ferrée qui occupe le quart Sud-est : l’aménagement de ces infrastructures pour permettre le déplacement des populations animales constitue un enjeu de premier ordre.
**Vulnérabilité** : Vulnérabilité :
Différents paramètres sont à considérer au niveau du site, qui inclut le bassin versant de la tourbière du Grand-Lemps :
- Passage de l'autoroute LYON-GRENOBLE en bordure du bassin versant (risques de pollutions).
- Voie ferrée en remblai sur la zone humide (perte de continuum).
- Décharge autorisée avec enfouissement progressif en limite du bassin versant.
- Décharge de matières inertes en limite de la source alimentant l'émissaire principal de l'étang.
- Développement de la culture du maïs en bordure de la cuvette (abandon des prairies).
- Stabulation de vaches laitières dans la zone périphérique de la réserve nationale.
- Déprise agricole sur certaines parcelles entraînant la fermeture des milieux.
- Remblaiement de mares, arasement de haies... (suppression de corridors biologiques).
- Eutrophisation.
**Plan de gestion** : Le document d'objectifs du site FR8201728 élaboré avec les acteurs locaux a été validé lors du Comité de pilotage du 11 décembre 2006.
PRINCIPAUX OBJECTIFS et PRINCIPES de GESTION (à mettre en oeuvre avec les acteurs locaux) :
1. Maintien dans un état de conservation optimal des habitats de tourbières et des espèces végétales de la directive
- Gestion conservatoire de la tourbière acide (notamment par maîtrise de la dynamique des ligneux)
- Gestion conservatoire de la tourbière alcaline et de l'habitat du Liparis de Loesel (entretien des prairies tourbeuses…)
- Restauration de certains habitats aquatiques et semi-aquatiques (lutte contre l'eutrophisation…)
- Maîtrise de la fréquentation (organisation de l'accueil du public pour canaliser la fréquentation).
2. Gestion conservatoire des habitats d'espèces animales de la directive
avec la préoccupation de maintenir, voire rétablir, des corridors biologiques
- Habitats aquatiques du Triton crêté, du Sonneur à ventre jaune et de la Cistude (création de mares, maintien des prairies humides…)
- Sites de ponte de la Cistude (entretien des prairies sèches)
- Habitat du Cuivré des marais (maintien des prairies humides)
- Habitat terrestre du Triton crêté (maintien des prairies humides, des mares, des haies)
- Habitat du Lucane cerf-volant (maintien de vieux arbres).
3. Conservation de la qualité de l'eau
- Amélioration des pratiques agricoles par voie contractuelle.
- Protection contre les pollutions (aménagement de bassins de décantation autoroutiers…)
- Suivi annuel de la qualité de l'eau.
INSTRUMENTS REGLEMENTAIRES, CONTRACTUELS ET FINANCIERS à envisager :
- Plan de gestion de la réserve naturelle nationale de l'étang du Grand Lemps - 1997 (pour la partie située en réserve naturelle).
- Mesures agri-environnementales à envisager sur l'ensemble du site, et notamment le bassin versant de la tourbière.
- Maîtrise foncière de certains plans d'eau connexes.
**Mesures de conservation** : Le document d'objectifs du site FR8201728 "Tourbière du Grand Lemps" élaboré avec les acteurs locaux a été validé lors du Comité de pilotage du 30 juin 2008. Il est en cours d’actualisation.
Les principaux objectifs et mesures prévues par le document d'objectifs 2014 sont les suivants :
1 / Protéger la ressource en eau d’alimentation de la tourbière
- Etude topographique par survol LIDAR
- Etude hydrogéologique du bassin versant
- Mise en séparatif du tronçon nord de l'A48
- Limitation de la fertilisation agricole
- Limitation des traitements sur les voies de communication
- Conversion de terres cultivées en prairies
- Maintien du couvert forestier par la limitation des surfaces de coupe.
2 / Contrôler la dynamique des milieux naturels ouverts tourbeux et/ou prairiaux
- Pose de clôtures pour le pâturage du secteur nord de la tourbière
- Décapage de 1000 m2 de tourbière à sphaignes
- Pâturage à l'aide de clôtures amovibles sur la tourbière à sphaignes
- Entretien des pelouses sèches.
3 / Favoriser les habitats forestiers feuillus matures
- Conservation des arbres remarquables
- Pérennisation d’îlots forestiers de vieillissement et de sénescence
- Elimination des essences résineuses.
4 / Assurer la connectivité des habitats et des espèces (couloirs de vie)
- Aménagement d’un éco-pont dans la trouée de Colombe
- Aménagement d’un passage à petite faune sous la D73
- Effacement de la digue
- Gestion et aménagement des voûtes et buses sous voirie
- Restauration et maintien du bocage
- Création et maintien d’un maillage de mares
- Mise en exclos de l’enclos à sangliers
5 / Favoriser le retour et le maintien d’une population de Cistudes d’Europe
- Maîtrise d’usage de l’étang du Petit Nan et des parcelles connexes
- Notice de gestion conservatoire du secteur du Petit Nan
- Etude de faisabilité pour la réintroduction de Cistudes d’Europe.
6 / Optimiser la gestion du site en améliorant sa connaissance et sa maîtrise par l’opérateur local
- Suivi des habitats et espèces d’intérêt communautaire
- Modification du périmètre Natura 2000
- Inventaire exhaustif des habitats naturels du site, définis à 2 chiffres après la virgule selon Corine Biotope
- Maîtrise d'usage de parcelles et milieux naturels stratégiques.
7 / Favoriser l’investissement des habitants dans la protection du site
- Création et mise à jour d'un site Internet
- Edition d'un bulletin périodique d'information.
Source : FSD INPN
Ce site Natura 2000 est désigné comme Zone Spéciale de Conservation (ZSC, Directive Habitats) (ZSC depuis 2014). Le site s'étend sur 786 ha, couvre le département 38. Il abrite 11 espèces d’intérêt communautaire (dont 6 en annexe II de la Directive Habitats) et 12 habitats d’intérêt communautaire (dont 5 prioritaires) documentés au formulaire standard. Le site recoupe 7 communes, notamment Châbons, Le Grand-Lemps et Bizonnes.
Source : Ontologia (synthèse)