En bref
**Qualité et importance** : La richesse écologique du site Natura 2000 est à mettre en lien avec la rivière et son caractère torrentiel. Cette dynamique façonne des peuplements pionniers spécifiques aux cours d’eau alpins comme les bancs à petite massette autant que des forêts alluviales à bois tendre ou à bois durs. Or depuis plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, l’Arve et ses berges ont été remodelés dans le but de répondre aux enjeux du moment (endiguement pour protéger les biens et les personnes, exploitation des granulats...). La dynamique alluviale a ainsi régressé sur la vallée de l’Arve et, avec elle, les cortèges d’habitats et d’espèces associées. Néanmoins, si le site a parfois été malmené par le passé, via les extractions de matériaux ou le dépôt de décharge, la nature a, dans bien des zones, repris ses droits et abrite désormais une biodiversité importante. Les étangs issus des anciennes ballastières attirent notamment des espèces rares comme le Blongios nain. Si ces milieux ne sont, initialement, pas spécifiques à la vallée, ils jouent désormais un rôle important dans la conservation de ces espèces de plans d’eau dont les habitats tendent à disparaître avec l’artificialisation des sols, la disparition des zones humides…
On retrouve quatre grands types d’habitats sur ce site :
- les forêts alluviales : elles sont directement dépendantes des inondations temporaires ou permanentes du site. Source de biodiversité, elles jouent également un rôle « tampon », constituant par exemple des écrans entre les activités humaines et les sites remarquables, créant ainsi les zones de quiétude nécessaires à la reproduction. Ces forêts abritent également des espèces d’intérêt communautaire comme le Milan noir qui y niche ou encore certaines espèces de chauves-souris. C’est également l’habitat du Castor qui a réussi sa recolonisation des bords d’Arve après avoir totalement disparu.
- les habitats dits « pionniers » : premiers à recoloniser les bancs de la rivière et ses berges après les crues, ces habitats sont constitués d’une flore particulière comme la petite Massette, la Myricaire ou encore certains saules arbustifs.
- les milieux « ouverts » qui présentent des caractéristiques très hétérogènes. Le site étant situé entre 390 et 480m d’altitude, les milieux ouverts ne sont pas apparus « naturellement », mais sont liés à l’activité humaine (en particulier l’agriculture). Certains sont particulièrement remarquables comme les coteaux secs d’Arthaz.
- les « ballastières » : ces étangs sont issus des activités d’extraction de matériaux, destinés en particulier au ballast des routes et autoroutes. Le site en abrite encore 35 qui se sont aujourd’hui « renaturées » toutes seules. D’autres ont été comblées par des décharges avec lesquelles il faut aujourd’hui composer, en particulier en vue de leur réhabilitation. Sur les ballastières encore en eau, le développement de la végétation, et en particulier des roselières, a permis l’arrivée d’oiseaux nicheurs typiques des étangs qui trouvent, dans ces nouveaux milieux, des zones de remplacement aux zones humides disparues. L’espèce la plus emblématique de ces milieux est le Blongios nain. Seule une quinzaine de couple de ce petit héron migrateur nichent sur l’ensemble du département. La vallée de l’Arve abrite, selon les années, 50 à 80% de ces oiseaux nicheurs.
Le site possède donc deux intérêts écologiques différents, l’un historique, l’autre consécutif à l’activité anthropique avec laquelle il faut composer.
Les habitats d'eaux douces 3130, 3140, 3260 et 3270 n'ont pu être cartographiés lors de l'inventaire de 2010, du fait notamment de leur difficulté d'accès (tapis immergés de characés...), mais ces habitats "mouvants" sont sans doute présents sur de très petites surfaces.
L'habitat 7230 "Tourbières basses alcalines" n'a pas été retrouvé sur le site lors des inventaires.
L'Ecaille chinée (espèce 6199) n'a pas été retrouvée lors de l'inventaire réalisée dans le cadre de l'élaboration du document d'objectifs du site. Mais elle n'a pas été recherchée, car cette espèce ne nécessite pas de mesures particulières de gestion. Cette espèce est probablement présente, car non rare en Haute-Savoie.
**Caractéristiques** : La vallée de l’Arve, marquée par l’histoire glaciaire, présente un profil en auge dans la partie médiane de son cours, des verrous et des champs d’inondation avec de nombreux bras se recoupant (zones d’expansion résiduelles). La zone actuellement proposée inclut les arrêtés préfectoraux de protection de biotope (APPB)de "la moyenne vallée de l'Arve" et du "bois de la Vernaz et des îles d'Arve", et une partie de l'APPB du marais du Pont Neuf.
**Vulnérabilité** : Vulnérabilité :
Le régime de l’Arve est faiblement domestiqué et garantit le maintien de la plupart des formations visées par la directive "Habitats-Faune-Flore".
Ce site est majoritairement sous maîtrise foncière publique : SM3A (Syndicat mixte d'aménagement de l'Arve et ses abords) et DPF (domaine public fluvial), et dans une moindre mesure, les communes.
Les secteurs privés peuvent néanmoins être soumis à un fort morcellement, en particulier sur les communes d'Arthaz et Reignier-Esery.
**Désignation** : Dans la vallée de l’Arve, un site unique regroupe deux secteurs, inscrits depuis 2006, au réseau Natura 2000 : le marais de Reignier et la moyenne vallée de l’Arve (pour une superficie totale de 72ha).
Dès les premiers travaux du COPIL en 2010, ce site a révélé des imperfections de périmètre qui présente, entre autres, une délimitation trop restreinte en inadéquation avec les grandes unités écologiques des bords d’Arve. Le périmètre initial est calé sur des limites administratives sans suivre une logique écologique. Or, l’intérêt écologique principal du site étant lié à la présence de l’Arve et à ses milieux alluviaux, seule une gestion sur un linéaire de cours d’eau suffisamment important peut permettre de mener des actions efficaces pour maintenir et restaurer la dynamique de ces habitats d’intérêt communautaire spécifiques aux cours d’eau alpins.
Fort de ce constat, avec l’aide du SM3A, le COPIL a étudié les possibilités d’élargissement du site. Les études liées à l’élaboration du DOCOB ont porté sur environ 800 ha en bord d’Arve, depuis la commune de Marignier jusqu’à la frontière Suisse. En décembre 2012, un nouveau périmètre de 760ha a été proposé au Préfet, qui consulte les communes à ce sujet.
D’autre part, le site n’a été désigné qu’au titre de la directive habitats. Or le diagnostic écologique mené dans le cadre de l’élaboration du DOCOB a révélé qu’il existait un fort intérêt avifaunistique, lié en particulier à la présence de nombreuses ballastières qui se sont aujourd’hui renaturées. Aussi, une réflexion sur son classement au titre de la directive Oiseaux (en plus du classement existant au titre de la Directive Habitats) a également été engagée parallèlement à la révision du périmètre initial.
Le présent DOCOB est donc rédigé sur les 760ha proposés à l’extension et tient compte des enjeux avifaunistiques et halieutiques.
**Mesures de conservation** : Le document d'objectifs du site « Vallée d'Arve » a été approuvé par le Comité de pilotage du 7 février 2013. Ce document a été rédigé en tenant compte de l’extension à près de 760 ha du site FR8201715 (proposé initialement sur une surface de 72 ha), ainsi que des enjeux avifaunistiques, ce site étant désormais proposé également au titre de la directive Oiseaux (site FR8212032).
A. OBJECTIFS ET MESURES DE CONSERVATION
Les mesures mises en œuvre doivent permettre de répondre aux objectifs suivants :
1. Dans les secteurs où cela est possible, favoriser et entretenir la dynamique alluviale :
Les secteurs plus particulièrement concernés par cet objectif sont les espaces de respiration de la rivière : espace « Borne-Pont de Bellecombe » et, dans une moindre mesure, la zone d’Anterne.
Cette dynamique étant le moteur nécessaire à la pérennisation de la majorité des milieux et espèces du site, elle a été classée en priorité 1.
Différentes actions sont envisagées : destruction de digues inutiles, non intervention, remobilisation de bancs déconnectés trop végétalisés, augmentation de certains niveaux d’eau…
2. Conserver et améliorer la mosaïque des habitats aquatiques des ballastières
- Conserver, gérer et renforcer la forêt alluviale
* conservation des peuplements en bon état de conservation (par une non-intervention par exemple).
* gestion des peuplements alluviaux déstabilisés (par exemple en cas de plantations, manque de dynamique alluviale, sylviculture inadaptée…) pour essayer de rétablir un meilleur état de conservation.
* renforcement de la forêt alluviale lorsqu’elle n’est pas présente (exemple : plantation de ripisylve, modification des pratiques sylvicoles pour obtenir une forêt alluviale plutôt qu’une forêt banale de plaine…).
3. Préserver, entretenir, restaurer et favoriser les milieux ouverts
4. Développer et préserver les habitats des espèces d’oiseaux
5. Restaurer une zone humide dégradée et assurer son entretien
6. Éviter la dissémination des espèces invasives dans les actions entreprises et contrôler leur développement sur les habitats sensibles à leur présence.
B. OBJECTIFS DE DEVELOPPEMENT DURABLE GLOBAUX
- Améliorer les connaissances sur les espèces présentes
- Réaliser des études sur la restauration des milieux dégradés
- Mettre en œuvre des outils pour canaliser et réglementer la fréquentation
- Assurer la mise en oeuvre du DOCOB ( document d'objectifs)
- Communiquer sur Natura 2000, les enjeux et les objectifs.
L’ensemble de ces objectifs ont été classés en priorité 2, afin de mettre en valeur l’objectif de dynamique alluviale, classé en priorité 1 (objectif moteur de l’ensemble des milieux et espèces liés à la rivière).
Le SAGE (Schéma d'aménagement et de gestion des eaux) de l'Arve est en cours d'élaboration.
Source : FSD INPN
Ce site Natura 2000 est désigné comme Zone Spéciale de Conservation (ZSC, Directive Habitats) (ZSC depuis 2017). Le site s'étend sur 757 ha, couvre le département 74. Il abrite 12 espèces d’intérêt communautaire (dont 2 en annexe II de la Directive Habitats) et 13 habitats d’intérêt communautaire (dont 2 prioritaires) documentés au formulaire standard. Le site recoupe 15 communes, notamment Arenthon, Scientrier et Arthaz-Pont-Notre-Dame.
Source : Ontologia (synthèse)